La zone métropolitaine de Port-au-Prince commence enfin à respirer, mais pour combien de temps ? Depuis quelques jours, le fracas des armes n’est plus seulement le fait des gangs qui imposaient leur loi par le sang ; il est aussi celui d’une institution policière qui semble avoir enfin reçu l’ordre de reprendre ce qui appartient à la République. En effet, en moins d’une semaine, des opérations conjointes ont été menées par la Police Nationale d’Haïti (PNH), la Task Force, le FSG et le PMC. Aussitôt après le quartier du Bel-Air, ce mercredi 14 janvier 2026, c’est à Delmas 6 que les interventions se sont poursuivies.
L’intensification des opérations pour déloger les bandits n’est pas seulement une nécessité tactique, c’est une exigence morale. On ne peut plus tolérer que des quartiers entiers soient transformés en forteresses du crime où la vie humaine n’a plus de prix. Voir les unités d’élite pénétrer ces bastions est un signal fort envoyé à ceux qui pensaient l’État à genoux. Mais ne crions pas victoire trop vite. L’histoire récente nous apprend que ces opérations sont souvent éphémères et manquent de consistance. Des ajouts à cela que la force brute, si elle est indispensable pour briser l’arrogance des gangs, ne suffisent pas à garantir une paix durable. Déloger le bandit est une chose ; l’empêcher de revenir en est une autre. Le véritable défi de cette offensive ne se joue pas seulement dans l’échange de tirs, mais dans l’après-combat.
Pour que ces opérations ne soient pas un éternel recommencement, trois piliers sont indispensables :
· L’occupation permanente : Une zone libérée ne doit plus jamais redevenir une zone abandonnée. La police doit s’installer dans la durée.
· La justice : L’action de la police est vaine si la justice ne suit pas pour verrouiller les cellules de ceux qui sont capturés.
· L’alternative sociale : On ne déloge pas seulement des hommes armés, on déloge une économie du crime. Si l’État ne remplace pas le gang par des services de base, des écoles et de l’emploi, le vide sera comblé par une nouvelle génération de désespérés.
Aujourd’hui, l’offensive policière est le remède d’urgence. C’est un traitement nécessaire pour arrêter l’hémorragie. Mais pour que la zone métropolitaine de Port-au-Prince guérisse vraiment, il faudra plus que des blindés : il faudra que l’État, dans toute sa dimension sociale et judiciaire, reprenne ses droits. Le courage de nos policiers sur le terrain mérite que leur sacrifice ne soit pas gaspillé par une absence de vision politique à long terme.